Panorama sonore

Panorama sonore des flûtes du monde

Piccolo, la plus petite flûte de concert

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Artisan calibrant les clés d’un piccolo

Piccolo, en italien, signifie « petit », et c’est là un nom bien mérité : il s’agit en effet de la plus petite (et donc la lus aiguë) des flûtes orchestrales. En bois ou en métal, on lui préfère dans la tradition classique un son limpide et cristallin qui complète et illumine la volupté de la flûte traversière par ses intonations pointues et joyeuses. D’un naturel jovial et sautillant, le son du piccolo est difficile à domestiquer dans les instants calmes d’une œuvre musicale. On le joue aussi bien en solo, duo ou trio, mais il peut aussi constituer une relève à la flûte traversière lorsque l’orchestre ne compte qu’un seul flûtiste, lequel alterne alors entre les deux modèles.

Semblant apparaître au cours du XVIIIè siècle (mentionné dans un inventaire nobiliaire allemand de 1741), le piccolo conserve aujourd’hui une place importante dans la musique orchestrale.

Une facture sophistiquée

Le piccolo actuel hérite de la tradition de facture instrumentale associée à la flûte de Boehm. Souvent en bois, dont on apprécie les qualités sonores plus chaleureuses (et qui compensent la tendance à l’agressivité des sons aigus de ces flûtes), les piccoli se retrouvent ainsi couverts d’une grande quantité de clés et de mécanismes qui l’apparentent à la classique flûte traversière.

Qu’il soit tourné dans un morceau de bois ou bien formé à l’aide de feuilles de métal, il relève que la facture de tradition savante : chaque paramètre est contrôlé avec une précision et une minutie qui n’ont d’égal que l’acharnement du luthier à trouver la beauté et la justesse des sons. La perce, précisément calibrée, porte d’infimes variations de diamètre réparties à différents endroits de sa longueur et qui permettent d’améliorer son homogénéité et sa justesse.

Un son joyeux et cristallin

D’un naturel jovial et sautillant, le Piccolo « donne le ton » aux  œuvres musicales auxquelles il participe :

  •  Ses caractéristiques sonores :
    • Un bruit de souffle quasi-inexistant qui tient principalement de la technique d’embouchure (la flûte traversière ne dispose d’aucun canal aménagé pour aider à la conduite de l’air sur le biseau).
    • Un son clair, ouver et pointu qui lui donnent ce ton jovial et sautillant si particuliers.
    • Une assise assurée qui lui permettent d’explorer toute sa tessiture sans jamais vaciller.
    • Une couleur fraîche et un dynamisme affirmé.

 

Facture des sifflets en écorce

Une lutherie buissonnière…

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Sifflet en écorce de saule

Fabriquer un sifflet ou une petite flûte en écorce au détour d’un petit temps perdu … voilà typiquement une activité simple, dans l’essentiel, et qui n’engage à rien.

La  » lutherie verte « , forme de facture instrumentale populaire façonnée dans du bois encore vivant, a probablement toujours existé, tout comme la facture instrumentale pastorale sur quelque os d’un animal du bétail, facilement accessible pour un petit berger : il suffit pour s’en rendre compte d’observer les artefacts archéologiques et d’écouter les histoires d’enfance de nos aïeux.

Mais si aujourd’hui, en France, ce genre d’amusements tend à disparaître, il est toujours présent dans d’autres pays ou bien chez ceux qui « ont encore le temps« . Au détour d’un chemin, un couteau en poche, rien de plus facile lorsqu’on a appris quelques principes de base d’extraire d’une branche de châtaigner ou de noisetier un petit instrument tel qu’un sifflet.

…et éphémère

La facture d’un sifflet ou d’une flûte en écorce va à l’essentiel : l’éjection du bois, encore vert, crée un tube en préservant l’écorce, puis on aménage une cavité ainsi qu’un canal dans le duramen, avant de le réinsérer. Le sifflet devient alors un petit jouet le temps d’une journée ou deux, puis il sèche et devient cassant. La rétraction de l’écorce transforme sa géométrie et le rend rapidement inutilisable.

Et en archéologie ? Impossible à voir, ou presque !

Cette lutherie s’ancre ainsi dans un fait social d’autant plus intéressant qu’il tend à se raréfier de nos jours : il ne peut y avoir d’attachement à l’objet, malgré le temps qu’on a mis à le façonner, car il est meurt bien vite. Certes il peut être conservé comme souvenir, mais comme tout objet en bois, il est appelé à disparaître. Le fait que toute la structure sonore repose sur la partie la plus fragile, l’écorce, rend ce phénomène plus inéluctable encore.

Algoza et Satârâ, doubles flûtes d’Inde, Rajasthan, Pakistan

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Joueur de Satârâ accompagné d’un percussionniste

Satârâ et Algoza sont deux des multiples variantes existant dans cette sphère géographique et culturelle qui s’étend de l’Inde au Pakistan. La lutherie de ce genre de flûte est séculaire et prend racine dans les traditions pastorales du Pakistan méridional où elle est aussi appelée Pâva. Leur conception est une véritable prise de parti, entièrement orientée de manière à produire un son venteux et granuleux mais qui reste stable et ferme et, surtout, de manière à faciliter l’usage du souffle continu.

Des flûtes rapiécées mais étudiées :

Seul le son importe : un couple de flûtes dépareillées et rapiécées ne semble pas gêner les musiciens, tant que l’instrument fonctionne et continue de vivre et de servir efficacement. Les réparations et ajustements peuvent parfois être nombreux, multipliant les bagues en fil de fer pour éviter les fentes et les petits pains de cire pour ajuster les notes.

Cela ne signifie pas pour autant que la facture de ces instruments soit bâclée

Schéma Satara

C’est en réalité tout le contraire : ces flûtes se révèlent être un astucieux mélange entre économie de moyens et conception étudiée, la seconde servant la première. L’artisan évite ainsi le travail sur la face intérieure du tube (complexe et peu pratique) et reporte la géométrie du canal exclusivement sur le bloc, qu’il peut tailler plus facilement. Reste ensuite la fenêtre qui peut être façonnée au couteau fin.

Un souffle chaleureux et infini :

Encore une facture instrumentale prenant un fort parti sur le plan sonore et identifiant parfaitement la culture musicale à laquelle elle appartient :

  • Ses caractéristiques sonores :
    • Un bruit de souffle important et granuleux mais non couvrant
    • Un son assez rond mais surtout chaleureux
    • Une assise variable selon le type de jeu souhaité
    • Une configuration facilitant grandement l’utilisation du souffle continu

Le Ney, flûte oblique

Mohammed Eghbal jouant le ney perse

Le ney est une flûte oblique qui nous vient du moyen orient. Son nom et sa typo-organologie connaissent de nombreuses variantes selon les régions et les cultures. Du simple roseau au tube en bois tourné, sa facture instrumentale connaît une certaine diversité. S’il revêt une apparente simplicité, le ney n’en demeure pas moins une flûte très polyvalente et sophistiquée et qui, de plus, exploite le type d’embouchure le plus difficile à faire sonner pour les flûtistes européens.

Facture rudimentaire, conception sophistiquée :

En bois tourné ou issu d’un roseau, la facture de cette flûte est somme toute assez rudimentaire : une fois le tuyau sonore percé, les trous de jeu et d’accord sont façonnés à l’aide d’un tisonnier qui crée des ouvertures identiques le long de l’instrument. Espacés de façon régulière, les trous de jeu s’échelonnent dans une succession de demi-tons. Sur certains neys, seuls deux doigtés diffèrent :

  • L’intervalle entre le fondamental (tous trous bouchés) et la note suivante (premier trou débouché) est d’un ton.
    • Il peut être joué en demi-trou.
  • L’intervalle entre la note la plus haute (tous trous débouchés) et l’octave (tous trous bouchés dans le second registre) est de deux tons.
    • Il peut être compensé en donnant plus ou moins d’ouverture à l’embouchure afin de jouer les quatre demi-tons.

Ces différences sont dues au profil de la perce et à l’utilisation, le cas échéant, des nœuds du roseau.

Ce qu’offrent ces irrégularités est un atout non négligeable : elles font de cette flûte une flûte chromatique.

Chaude et venteuse :

Les choix dans la facture instrumentale font de cette flûte un instrument que l’on dirait « tout à fait typique » de la musique orientale :

  • Ses caractéristiques sonores :
    • Un bruit de souffle caractéristique qui donne le ton et la couleur du son
    • Une assise et une certaine rondeur qui l’accompagne à merveille
    • Un son chaleureux et duveteux qui enveloppe l’auditeur dans une atmosphère particulière
    • Une importante flexibilité dans le réglage de la tonalité (en obturant plus ou moins l’entrée, le flûtiste peut légèrement accroître ou diminuer la fréquence de l’ensemble de l’instrument) et de la texture (que le flûtiste peut rendre plus ou moins granuleuse selon la position des muscles buccaux).

 

Flûte pré-baroque

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Flûte à bec pré-baroque, par Philippe Bolton

La vidéo ci-dessous présente un duo où la flûte se fait douce, ronde et voluptueuse. Le flûtiste (qui en est aussi l’artisan dans le cas présent) la joue dans toute son élégance et sa splendeur, installant avec le son scintillant du clavecin une atmosphère courtoise et distinguée.

 Précise et ronde :

A ne pas en douter, cette sonorité nous envoie directement dans une atmosphère bien précise, évocatrice d’une époque que l’imaginaire commun conçoit volontiers comme plus distinguée. Suivant l’époque de la Renaissance, les années pré-baroques marquent elles aussi, au début du XVIIè siècle, une période de changement dans la société et les arts.

  • Ses caractéristiques sonores :
    • Un bruit de souffle minime voire quasi-absent pour un son clair et limpide
    • Une assise bien droite et une ouverture claire qui en font un instrument chantant et vivace
    • Un son rond et duveteux qui offre des graves stables et des aigus non agressifs

 

Les flûtes pré-baroques offrent un son chaleureux et voluptueux qui invite au calme et à la tranquillité d’un salon intime. Elles sont conçues pour permettre à l’instrumentiste d’appuyer son souffle et de le laisser couler dans une qualité de sons qui se veut la plus essentielle possible.

Cette simplicité et cette pureté du son sont à l’origine d’un travail artisanal des plus précis et des plus complexes. Ce sont aussi elles qui forment les préférences sonores de l’Europe occidentale, encore grandement valables pour les oreilles actuelles.

 

Pour en savoir plus :

 

Flûte andine à trois trous (Pérou)

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Roncadoras (Pérou)

 

Le reportage lié ci-dessous présente une partie de l’instrumentarium péruvien actuel : flûtes, violons, tambours, etc. Dans ce contexte culturel, tous ces instruments ont un point commun : ils témoignent de la recherche d’un son riche, vibrant, grésillant. Les tambours portent une chanterelle (ou timbre, soit une cordelette vibrant contre la peau) et le violon est joué grinçant.

Granuleuse et saturée :

Ce qui nous intéresse ici d’avantage, c’est leur flûte à trois trous : elle fait montre d’une esthétique sonore (c’est à dire de choix culturels) parfaitement opposée à celle des flûtes d’Europe occidentale.

  • Ses caractéristiques sonores :
    • Un bruit de souffle fort et couvrant qui, malgré tout, ne parvient pas à refermer ni à voiler le son de la flûte
    • Une assise et une ouverture importantes qui lui permettent de chanter haut et fort
    • Un grain très présent qui sature le son, lui donne une couleur chaude et crée ces légers grésillements dans l’extinction des sons
    • Un dynamisme vivace et assuré

 

Les flûtes andines à trois trous offrent un son chaud, riche, puissant et vibrant : idéal pour sonner en plein air et faire danser l’assistance ! Le flûtiste peut appuyer sur son souffle et obtenir du répondant.

Cette sonorité « frottée » invite une mélodie rythmée qui s’accompagne à merveille des tambours à chanterelle et qui contraste fortement avec notre culture musicale européenne (au point même d’être difficile à supporter pour certaines oreilles !).

 

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