Représentation graphique des relations inter et transculturelles d’un individu en lien avec la construction de son identité

Représentation graphique des relations inter et transculturelles d’un individu en lien avec la construction de son identité

Denise Lussier – Université McGill, Canada

Keywords

Profil de xénophilie; langue et construction identitaire;compétences inter et transculturelles

Abstract

L’un des reproches que l’on pouvait faire aux définitions de la langue et aux modèles théoriques, autrefois basés sur la compétence linguistique, était de laisser croire à un rapport neutre entre le locuteur et sa langue (Calvet, 1999). De nos jours, la complémentarité des concepts ‘pensée’, ‘culture’ et ‘construction identitaire’ devient essentielle dans l’acquisition d’une langue puisque ces concepts sont étroitement liés aux contextes sociaux. Ils génèrent toute interaction entre les sociétés et les individus qui la composent; la langue étant un dénominateur symbolique et un marqueur de la construction identitaire (Lussier, 2011). Depuis, les recherches de Robinson (1988) ont montré que l’étude d’une langue ne mène pas en soi à une attitude positive envers la langue cible. La rencontre avec l’Autre est susceptible de provoquer une remise en question de l’identité, celle-ci étant en évolution constante. L’ethnicité est donc un processus de dichotomisation entre le ‘nous’ et les ‘autres’ dans lequel les individus utilisent des marqueurs pour se définir et définir leur relations avec les autres alors que s’ouvrir à l’autre implique le passage d’une identité ‘reçue’ à une identité ‘réfléchie. (Dictionnaire de l’altérité, p. 127). Aussi, il semble que pour mieux comprendre une autre culture, il importe de prendre en considération la découverte de la spécificité culturelle des autres cultures puisque l’interculture se manifeste par les interactions qui existent entre les individus. En éducation aux langues, il faudrait donc détourner notre attention des comportements observables pour se concentrer sur les formes de pensée, sur l’inobservable, sur le développement des représentations et des attitudes pouvant expliquer les profils identitaires se rattachant au développement de la xénophilie (attitudes positives envers les autres cultures) ou de la xénophobie (attitudes négatives envers les autres cultures).

Le développement de telles capacités demande d’interpréter les représentations du monde social et de repenser le processus d’interaction sociale comme un processus de comparaison, de reconnaissance et de différentiation selon l’expérience de vie de chaque individu et de sa capacité d’adaptation. Dans le cas de l’immigrant, ce processus est marginalisé par l’écart entre son expérience de vie en pays d’origine et en pays d’accueil. Trop souvent, il vit une dualité du nous-eux qui constitue une identité hybride et qui se caractérise par un mélange des cultures ( ce que je trouve intéressant, je le prends, si non, je le laisse ) ou il se situe entre deux cultures (Je suis perdue maintenant. Je ne suis ni en Colombie ni ici).Un défi majeur s’impose. Comment favoriser l’intégration des différentes cultures à la société d’accueil? Comment dépasser la transmission des savoirs et la prise de conscience pour accéder à l’appropriation des savoir-faire et à une conception de l’Autre qui repose sur un ensemble de savoir-être caractérisé par une ouverture à l’altérité et à une identité réfléchie qui imprime son mouvement dans un savoir-vivre ensemble.Des études plus récentes (Lussier, 2006, 2007, 2009) permettent d’envisager le processus d’appropriation de l’interculturel et du transculturel en lien avec la construction identitaire. Il s’agit d’un processus dynamique qui se décline en trois modes: la prise de conscience, la prise de position et la mise en oeuvre. Ces trois modes d’appropriation sont associées à trois types de savoirs : les savoirs proprement dits, les savoir-faire et les savoir-être (Cadre pancanadien pour l’appropriation de la culture dans les écoles de langue française, Patrimoine canadien,2012; Lussier & Lebrun, 2014). En éducation aux langues, l’ importance de former de nouvelles générations de jeunes de tout groupe ethnique qui développent une meilleure conscientisation de leur propre culture et de celle des autres cultures, basée sur le respect mutuel s’impose. Une étude plus récente (Lussier, 2013, 2017, 2018) a démontré une bi-dimensionnalité dans le développement des attitudes des individus, ce qui explique qu’un même individu puisse développer des attitudes liées à la xénophilie ou la xénophobie en fonction des contextes auxquels il est confronté. Cette étude a mené à la modélisation d’un profil des compétences inter-et transculturelles qui permet de situer le développement des compétences des apprenants en cours d »apprentissage en fonction de quatre stades de développement (attitudes antipathiques passives, sympathiques et pro-actives) .Dans cet esprit, la présente communication vise à 1) situer le processus d’appropriation des concepts d’inter et trans-culture en lien avec le développement de l’identité, 2) illustrer à l’aide d’un sociogramme les profils et relations inter et trans-culturelles d’un même individu en lien avec sa construction identitaire.

 

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